En 1993, Honda sort une moto sans carénage, sans prétention sportive, et pourtant armée d’un moteur de 998 cm³ délivrant 98 chevaux.
Une naked à une époque où le genre n’avait pas encore de nom. La CB 1000 Big One tranche avec tout ce qui se fait alors – et ce paradoxe est précisément ce qui lui a assuré une longévité remarquable sur le marché de l’occasion.
Origine et histoire du projet Big One
Honda ne lance pas la CB 1000 par hasard en 1993. La CB 900 Bol d’Or, qui occupait le segment depuis les années 1970, avait vieilli. Il fallait un successeur capable de porter une nouvelle vision : celle d’une moto massive, refroidie par liquide, qui impose le respect au premier regard sans ouvrir un compte tour.
Le cahier des charges interne, baptisé projet « Big-1 », est limpide. La machine doit dégager une sensation de puissance statique, être imposante physiquement, et s’adresser à un conducteur qui veut du muscle sans la posture d’un pilote de circuit.
Honda développe alors un quatre cylindres en ligne inédit, distinct du bloc CBR, avec une boîte à cinq rapports pensée pour l’usage routier.
L’anecdote autour du nom mérite d’être mentionnée. McDonald’s, qui détenait la marque « Big One » pour ses hamburgers, a regardé d’un mauvais œil l’utilisation de cette appellation par Honda.
La pression du géant du fast-food a poussé Honda à rebaptiser ses générations suivantes sous l’intitulé « Super Four » – un nom que portera notamment la CB 1300 lancée en 2003.
Fiche technique de la Honda CB 1000 Big One

Le moteur est un quatre cylindres en ligne, quatre temps, refroidi par eau, équipé de deux arbres à cames en tête et de quatre soupapes par cylindre.
La cylindrée est de 998 cm³ avec une boîte à cinq rapports – une différence notable par rapport au CBR de l’époque, qui disposait de six rapports. L’alimentation passe par quatre carburateurs.
- Puissance : 98 ch à 8 500 tr/min
- Couple : 8,9 mkg à 6 000 tr/min
- Cadre : double berceau en acier
- Fourche avant : télescopique de 43 mm
- Amortissement arrière : deux amortisseurs latéraux ajustables en précharge
- Freinage avant : 2 disques de 310 mm, étriers 4 pistons
- Frein arrière : 1 disque de 276 mm
- Pneumatiques : 120/70 R18 (avant) – 170/60 R18 (arrière)
- Empattement : 1 540 mm
- Hauteur de selle : 800 mm
- Poids à sec : 235 kg
- Poids tous pleins faits : 260 kg
- Réservoir : 21 litres
Côté fluides, la bougie préconisée est la NGK DPR9EA-9. La vidange moteur avec remplacement du filtre demande 4,0 litres d’huile API SE-SG. Le circuit de refroidissement reçoit 2,8 litres de liquide. Des données utiles pour tout propriétaire qui réalise l’entretien lui-même.
Quelle est la puissance de la Honda Big One et quelle vitesse peut-on atteindre?
Avec 98 chevaux à 8 500 tr/min et 8,9 mkg de couple disponible dès 6 000 tr/min, la CB 1000 ne joue pas dans la cour des hypersports. Elle n’en a pas l’intention. La puissance est là, franche, mais livrée de façon progressive – ce qui correspond exactement au profil d’usage pour lequel ce moteur a été conçu.
La vitesse maximale atteint environ 220 km/h selon les relevés constatés sur route. Un chiffre cohérent avec les 98 chevaux délivrés sur 260 kg tous pleins faits. Le rapport poids/puissance reste en retrait face aux sportives de l’époque, mais personne n’achetait une Big One pour faire des chronos.
Sur la consommation, les chiffres varient selon l’usage. La valeur WMTC officielle est estimée à 4,80 l/100 km – une donnée de homologation qui correspond à des cycles de conduite modérés.
En usage réel mixte, comptez entre 7 et 9 litres aux 100 km, selon le rythme adopté et la charge. Avec un réservoir de 21 litres, l’autonomie pratique tourne autour de 230 à 280 km avant de chercher une station.
Avis et retours d’utilisateurs sur la CB 1000 Big One

Ceux qui ont roulé longtemps sur une Big One reviennent toujours sur le même point : la solidité du bloc moteur.
Un quatre cylindres Honda de cette génération, entretenu correctement, franchit les 100 000 km sans faiblir. Les finitions résistent à l’humidité et aux kilomètres mieux que la moyenne des japonaises de l’époque.
Le confort en duo est régulièrement cité comme point fort. La selle passager est large, la position de conduite suffit à absorber les longues distances, et la machine accepte un chargement sans se déstabiliser. Pour quelqu’un qui cherchait une moto polyvalente au milieu des années 1990, c’était un argument solide.
Les critiques convergent sur deux faiblesses récurrentes. D’abord, les amortisseurs arrière sont exposés aux projections et aux chocs, ce qui accélère leur usure et oblige à les remplacer assez tôt sur les exemplaires d’occasion mal entretenus.
Ensuite, l’absence totale de protection au vent : la naked ne pardonne rien au-delà de 130 km/h sur autoroute, le pilote reçoit l’air de plein fouet. Certains propriétaires ont opté pour un petit saute-vent artisanal, mais cela reste un compromis.
Le rapport qualité/prix revient souvent dans les témoignages. À budget équivalent en 1993, vous aviez une machine plus polyvalente et plus durable que beaucoup de concurrentes européennes. Ce constat reste valable aujourd’hui sur le marché de l’occasion.
La CB 1000 Big One de 1993 reste une référence dans sa génération
Le millésime 1993 marque le point de départ d’une carrière de six ans au catalogue Honda. Six ans sans changement majeur, ce qui traduit à la fois le conservatisme de Honda et la solidité du concept initial : la moto n’avait pas besoin d’être retouchée pour continuer à séduire.
La CB 1000 Big One s’inscrit dans une lignée directe. Elle succède à la CB 900 Bol d’Or, puis cède la place à la Honda X-11 – une version plus radicale et plus dark – avant que la CB 1300 Super Four ne prenne le relais en 2003 avec un moteur alésé, plus de couple, et une position de conduite revue.
On peut tracer une ligne continue entre ces trois machines : même philosophie, muscle et polyvalence, déclinée sur trois décennies.
Sur le plan historique, la Big One arrive au bon moment. Les nakeds commencent à s’imposer comme catégorie autonome en Europe, et Honda frappe fort avec une cylindrée d’un litre à une époque où la concurrence propose encore surtout des 600.
Ce positionnement lui assure une place à part dans la mémoire des motards de cette génération.
Quel prix faut-il prévoir pour acheter une Honda CB 1000 Big One?

Sur le marché de l’occasion actuel, une CB 1000 Big One en bon état se négocie généralement entre 2 500 et 4 500 euros.
Les exemplaires récents avec carnet d’entretien complet, kilométrage raisonnable (moins de 50 000 km) et amortisseurs arrière neufs ou récemment remplacés se rapprochent du haut de la fourchette.
Les critères qui font monter ou descendre la cote sont assez prévisibles. Un kilométrage élevé (au-delà de 80 000 km) tire le prix vers le bas, mais un moteur Honda de cette génération n’est pas forcément à fuir pour autant – si l’entretien a été suivi.
L’état des carburateurs est un point de vigilance : les quatre carburateurs peuvent se colmater sur des machines qui ont stagné, et une remise en état complète coûte du temps et de l’argent.
À l’achat, vérifiez systématiquement l’état des amortisseurs arrière (jeu, fuite d’huile), l’étanchéité du circuit de refroidissement, et le fonctionnement des quatre étriers de frein.
Les disques avant de 310 mm s’usent de façon homogène sur ce modèle, mais les étriers peuvent gripper sur des motos stockées. Un essai routier de 20 minutes révèle l’essentiel.
Pour une moto de collection de cette époque, la Big One reste accessible. Elle n’a pas encore atteint le statut de pièce de musée, ce qui signifie que vous pouvez encore en trouver une à utiliser réellement – pas seulement à admirer dans un garage. C’est peut-être son meilleur argument en 2024.