La FJR 1300 a été arrêtée en 2020 après 19 ans de production, sans jamais avoir été surpassée techniquement par Yamaha elle-même.
Paradoxe d’un constructeur qui enterre sa meilleure routière GT faute de volonté de l’adapter aux normes Euro5.
Pour ceux qui l’ont pilotée, la question n’est pas de savoir pourquoi elle a disparu – c’est de comprendre pourquoi elle tient encore si bien face aux machines actuelles.
La FJR 1300, une moto de grand tourisme taillée pour la distance
Lancée en 2001, la FJR 1300 a été conçue pour une seule chose : avaler les kilomètres sans fatigue, sans compromis mécanique, sans pause forcée.
Son quatre-cylindres en ligne de 1 298 cm³ développe 142 chevaux dans ses dernières versions, logés dans un châssis aluminium avec bras oscillant en aluminium coulé. Ce n’est pas une sportive déguisée en GT – c’est une GT pensée de bout en bout.
Dès 2003, Yamaha propose une version A avec suspension électronique YCC-S. En 2006, refonte complète : carénage élargi, protection vent améliorée, réservoir porté à 25 litres.
En 2013, adoption de l’ABS couplé et du contrôle de traction en série. La FJR évolue prudemment, par couches, sans jamais remettre en cause sa philosophie de base.
Elle pèse 268 kg en ordre de marche selon les versions. Lourd sur le papier, mais ce poids se fait oublier dès que la vitesse monte.
Sur autoroute, la protection aérodynamique du carénage et la stabilité du châssis transforment l’annonce des kgs en confort brut. C’est le compromis que les routards longue distance acceptent volontiers.
Quelle est la vitesse de pointe d’une FJR 1300?

La réponse varie selon la version et les conditions. Sur circuit, Yamaha a mesuré plus de 270 km/h en version débridée – un chiffre qui ne reflète pas l’usage route mais qui dit quelque chose sur la puissance réelle du moteur.
En conditions réelles, avec les bridages légaux en vigueur sur certains marchés, le plafond tombe à 235 km/h selon les données du Repaire des Motards.
Pour la FJR 1300 AS et S de 2012, motoplanete relève 250 km/h mesurés au GPS – cohérent avec 142 ch et un Cx soigné.
Une règle empirique circule parmi les propriétaires : au-delà de 5 000 tr/min, chaque tranche de 1 000 tr/min supplémentaires ajoute environ 25 km/h à la vitesse finale. Ce moteur monte haut et tient ses régimes.
Sur route ouverte, la FJR se stabilise confortablement à 180-200 km/h sans effort apparent du moteur. C’est là que sa conception GT prend tout son sens : à ces vitesses, le carénage travaille, le vent ne fatigue pas le pilote, et la mécanique tourne à mi-régime.
Transmission et boîte de vitesses : comment fonctionne la FJR 1300?
Dès sa sortie en 2001, la FJR 1300 adopte une transmission finale par arbre – le cardan. Ce choix technique a deux implications directes : zéro entretien de chaîne, et une réponse à la fermeture des gaz légèrement différente d’une moto à chaîne classique. Pour un usage GT, c’est un avantage net sur la durée.
Les premières générations sont équipées d’une boîte 5 vitesses. Ce nombre peut surprendre sur une moto de cette cylindrée, mais les rapports sont suffisamment allongés pour que le 5e rapport à haute vitesse reste gérable.
En 2016, Yamaha passe à une boîte 6 vitesses avec engrenages hélicoïdaux redessinés et un embrayage anti-dribble assisté – une première sur la marque pour ce type de transmission. Le 6e rapport permet de descendre encore la consommation et le régime moteur sur les longs trajets.
La version AS mérite une mention à part. Elle intègre le système YCC-S (Yamaha Chip Controlled Shift), une boîte automatisée pilotée électroniquement.
Le pilote peut laisser la moto gérer les passages de rapports ou intervenir manuellement via des palettes. Ce n’est pas une boîte CVT comme sur un scooter – la mécanique reste une vraie boîte séquentielle, mais l’embrayage est géré électroniquement à chaque changement de rapport.
Quelle consommation attendre d’une FJR 1300 au quotidien?

Les chiffres officiels donnent 6,2 l/100 km pour la FJR 1300 AS 2018 en cycle mixte, avec 140 g/km de CO₂ selon l’Argus. C’est honnête pour 142 ch et 268 kg. En pratique, la fourchette est plus large selon le style de conduite.
- Conduite très cool, routes secondaires : 5,5 l/100 km
- Usage mixte ville/route : autour de 6,5 l/100 km
- Autoroute à vitesse soutenue (130-150 km/h) : environ 7 l/100 km
- Autoroute à haute vitesse (180+ km/h) : plus de 7 l/100 km
Le réservoir fait 25 litres. Avec une consommation moyenne de 6,5 l/100 km, le passage en réserve intervient vers 350 km.
La réserve représente environ 5 litres, soit encore 70 à 100 km selon l’allure. Une autonomie réelle de plus de 400 km est donc atteignable pour un pilote qui gère son accélérateur – ce qui est exactement ce qu’on demande à une GT longue distance.
Quelle moto a remplacé la FJR 1300 chez Yamaha?
Yamaha a cessé la production de la FJR 1300 en 2020. La raison officieuse est claire : le constructeur n’a pas voulu engager les investissements nécessaires pour mettre le moteur aux normes Euro5.
Après 19 ans de production, la FJR quittait le catalogue sans successeur direct annoncé – retirant d’un coup la seule moto de grand tourisme classique de la gamme Yamaha.
La Tracer 9 GT+ a pris la place dans la communication de la marque. Sur le papier, les deux motos partagent un positionnement routier sportif. Mais la Tracer 9 embarque un trois-cylindres 890 cm³, pèse 220 kg et adopte une position plus haute.
Ce n’est pas la même philosophie – c’est une roadster-trail habillée en routière, selon objectif-moto. La lignée Tracer MT-09 dépasse les 80 000 ventes en Europe, ce qui montre l’appétit du marché pour ce segment.
Pour les anciens propriétaires de FJR, la transition vers la Tracer 9 ne va pas de soi. Le passage d’un quatre-cylindres en ligne à un trois-cylindres change profondément le caractère moteur. La transmission par chaîne remplace le cardan.
Ce sont deux motos pensées différemment, pour des pilotes qui n’ont pas forcément le même profil.
Le FJR Club et la communauté des passionnés de FJR

La FJR 1300 a généré une communauté solide et durable. Le site fjrclub.motards.net regroupe des propriétaires de tous horizons, avec des sections dédiées aux retours d’expérience, aux conseils techniques et aux comptes-rendus de rassemblements.
Ce type de forum reste une ressource technique précieuse pour l’achat d’occasion ou les réglages fins.
L’univers FJR Passion GT s’inscrit dans cette même logique : partager l’expérience de la machine, documenter ses versions, transmettre les bons réglages et les bons itinéraires.
Les communautés autour de la FJR ne sont pas simplement nostalgiques – elles sont actives parce que la moto tourne encore, que les pièces se trouvent, et que les questions techniques restent pertinentes sur des machines qui approchent parfois les 150 000 km.
La FJR 1300 reste une référence GT d’occasion difficile à égaler
Sur le marché de l’occasion, la FJR 1300 tient bien sa valeur. Une machine de 2016 à 2019 avec boîte 6 rapports et moins de 50 000 km se négocie souvent entre 8 000 et 12 000 euros selon l’état et les options. C’est significatif pour une moto arrêtée de production, mais cohérent avec la réputation de la mécanique.
Ses atouts durables sont concrets. La transmission par cardan ne s’use pas et ne nécessite qu’une vidange d’huile à intervalles réguliers. Le moteur quatre-cylindres est connu pour dépasser les 150 000 km sans révision majeure sur les exemplaires bien entretenus.
Le cadre aluminium ne rouille pas. La protection aérodynamique reste supérieure à la majorité des machines actuelles dans cette gamme de prix.
Les points à surveiller à l’achat sont identifiés par la communauté :
- L’état de la transmission YCC-S sur les versions AS (réparation coûteuse en cas de panne électronique)
- La corrosion des étriers de frein sur les machines stockées ou peu utilisées
- L’usure des silent-blocs du bras oscillant après 80 000 km
- L’état du carénage – les pièces neuves sont difficiles à trouver depuis l’arrêt de la production
Une FJR 1300 bien choisie, c’est une moto qui part à 6h du matin sous la pluie pour arriver à 900 km de là le soir, sans que le pilote soit cassé. Aucun successeur actuel dans la gamme Yamaha ne peut formuler la même promesse avec autant de recul et de preuves accumulées.